La localisation, késako ?

Publié le 3 mai 2026 à 10:00

Quand vous entendez « localisation », vous pensez sûrement à la localisation géographique (celle utilisée par votre GPS, ou qui bloque vos contenus préférés sur Netflix). Et vous n’avez pas tout à fait tort.

En linguistique, la localisation part de ce même principe : déterminer le positionnement géographique de votre cible. Ce qui change, c’est ce que nous faisons de cette information.

À quoi sert la localisation ?

Le mois dernier, je vous présentais la transcréation. Cette discipline est une forme poussée à l’extrême de localisation dans le domaine marketing.

La localisation a une application plus large. Elle peut évidemment être utilisée en marketing, mais elle est également très utile dans les documents techniques, les écrits littéraires, les œuvres audiovisuelles…

La différence fondamentale est que la localisation ne touche pas aux éléments graphiques. Il ne s’agit que de modifier quelques éléments qui ne pourront pas être transposés à une autre culture.

 

Pourquoi localiser au-delà d’une simple traduction ?

Parfois, traduire ne suffit pas. Le sens peut certes être restitué, mais les subtilités échapperont à votre public.

Par ailleurs, il est parfois impossible d’utiliser une référence pour des raisons légales dans le pays cible. Ou encore, le concept est inexistant ou inaccessible pour votre public.

Dans ces cas, il faudra localiser votre contenu pour qu’il puisse résonner avec votre public.

 

Localisation ou transcréation ?

Tout dépend de votre contenu (et de votre budget).

La localisation fait partie intégrante de la traduction, elle sert à restituer non seulement le sens, mais aussi les nuances et la profondeur de votre message, peu importe son support.

Parfois, la localisation suffit, on change le jeu de mots et le tour est joué. Parfois, les éléments graphiques posent problème. Dans ce cas, il faudra opter pour la transcréation.

 

Comment ça marche ?

D’abord, il faut étudier la cible : son pays, son âge, sa catégorie socioprofessionnel, son histoire…

Toutes ces informations nous permettront d’établir une fiche de ses connaissances. Quelles sont ses références linguistiques, culturelles, sociales…?

Ensuite, nous confrontons votre contenu à cette fiche.

Si votre public peut comprendre la référence, alors il suffira de la traduire. Au contraire, s’il ne peut pas recevoir l’information telle quelle, alors il faudra la localiser.

 

En pratique, à quoi ça ressemble ?

La localisation est polymorphe et elle dépend de votre contenu et de votre cible.

Par exemple, lors d’un projet, j’ai co-traduit des conseils autour de la précarité énergétique. Les conseils étaient initialement rédigés pour un public britannique et certains d’entre eux n’étaient pas applicables en France.

Il nous a donc fallu vérifier la faisabilité de chaque item, s’assurant notamment que la loi française l’autorise bien, et que le produit cité soit facilement disponible en France (et à un coût similaire).

Lorsque ça n’était pas le cas, nous avons proposé une alternative disponible pour notre cible. Nous avons par exemple spécifié « si vous êtes propriétaire » lorsque les législations locatives ne permettent pas l’aménagement. Ou encore, remplacer une tête de douche intelligente par un robinet chauffant, car le produit n’est pas distribué en France.

Ces petits ajustements vous permettront de ne pas perdre l’attention de votre public et de conserver votre crédibilité.

Autre exemple, la traduction de l’italien vers le français d’un livre de vulgarisation de l’œuvre de Giusepe Tomasi di Lampedusa, Il Gattopardo (Le Guépard). C’est un livre adressé à un public jeune, mais ayant déjà une connaissance solide de l’histoire italienne ainsi qu’une connaissance de base de cette œuvre.

Ici, le défi d’adaptation est double. D’une part, maintenir le ton original tout en gardant à l’esprit que la cible française est plus âgée, donc éviter de tomber dans le maternage du lecteur. D’autre part, assurer la compréhension des références culturelles purement italiennes pour le lecteur.

Dans un cas comme celui-ci, plusieurs options s’offrent à nous pour localiser le contenu.

Premièrement, la note du traducteur en bas de page ou entre parenthèses. Cette méthode se prête particulièrement aux écrits littéraires, mais attention à ne pas en abuser ! Dans ce cas précis, nous avons décidé de conserver le terme Risorgimento, car il n’a pas de traduction en français, et de l’expliquer en note de bas de page à sa première apparition dans le texte.

Ensuite, nous avons la possibilité d’ajouter du détail au texte d’origine. Attention toutefois à ne pas dénaturer la prose de l’auteur. Cette solution s’applique principalement à des passages descriptifs dans lesquels un terme évoque dans l’esprit du public original une image précise. S’il nous est impossible de trouver un terme équivalent, il est possible d’expliciter celui-ci dans une description, précisant par exemple la couleur d’un objet ou l’odeur d’une plante endémique.

Ce choix sera toujours fait avec l’accord de l’auteur.

Parfois, il n’est pas possible de conserver l’original en raison de conflits légaux. C’est par exemple le cas de Moana. Le nom étant une marque déposée en Europe, le personnage s’appelle Vaiana pour son exportation européenne. Au-delà du nom qui change dans les traductions, Disney a redoublé la VO pour sa diffusion en Europe.

En parlant de cinéma, les titres sont aussi un très bon exemple de localisation. Le titre est un élément essentiel, c’est le premier aperçu du spectateur, ce qui lui donnera (ou non) à priori envie de voir le film. Si certains titres sont des traductions directes, la plupart sont retravaillés pour choisir un titre qui fera écho au film pour le public cible.

Les affiches aussi sont retravaillées pour le public cible (mais là, il s’agit de transcréation).

 

La localisation ne se voit pas, elle se ressent, et elle est essentielle pour que votre contenu conserve son impact chez votre cible.

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